Guide fiscal · LMNP

L'amortissement réputé différé (ARD) et l'article 39 C : le mécanisme qui prolonge votre avantage fiscal

C'est le rouage le plus mal compris du LMNP au réel — et l'un des plus puissants. L'ARD transforme un amortissement 'perdu' en réserve mobilisable pendant des années. Voici comment il fonctionne, sans jargon.

Mis à jour le 14 juillet 2026 — informations générales, ne constitue pas un conseil personnalisé.

L'essentiel en 30 secondes

  • L'article 39 C du CGI interdit à l'amortissement de créer un déficit en LMNP.
  • La fraction d'amortissement qui ferait basculer le résultat en négatif n'est pas perdue : elle est mise en réserve. C'est l'amortissement réputé différé (ARD).
  • L'ARD est reportable sans limite de durée, et s'impute sur les exercices futurs bénéficiaires.
  • Ce mécanisme prolonge l'effacement de votre impôt bien au-delà de la seule durée d'amortissement théorique.
  • Sa contrepartie : il faut un suivi pluriannuel rigoureux du stock d'ARD.

Le point de départ : l'amortissement ne peut pas creuser de déficit

En LMNP au réel, vous déduisez deux types de dépenses : vos charges (intérêts, taxe foncière, assurance…) et votre amortissement.

Ces deux catégories ne sont pas traitées de la même façon face au déficit :

  • Les charges peuvent créer un déficit. Ce déficit d'exploitation est reportable sur vos BIC non professionnels pendant 10 ans.
  • L'amortissement, lui, ne peut pas créer de déficit. C'est la règle de l'article 39 C du CGI.

Concrètement : l'amortissement ne peut réduire votre résultat que jusqu'à zéro, jamais en dessous.

Ce que devient l'amortissement « bloqué » : l'ARD

Que se passe-t-il pour la fraction d'amortissement qui aurait fait passer le résultat sous zéro ? Elle n'est ni perdue, ni annulée. Elle est mise en réserve — c'est l' amortissement réputé différé.

Vous n'avez « utilisé » que 3 000 € de vos 7 000 € d'amortissement. Les 4 000 € restants sont stockés, en attente d'un exercice où ils pourront servir.

Comment la réserve se vide : l'imputation

Les années suivantes, dès que votre activité dégage un bénéfice avant amortissement supérieur à l'amortissement de l'année, le surplus de capacité est utilisé pour imputer l'ARD accumulé.

Résultat : vous continuez à ne payer aucun impôt, alors même que votre amortissement courant ne suffisait plus à l'effacer. L'ARD prend le relais.

C'est là toute sa puissance : il prolonge la période d'imposition nulle bien au-delà de ce que l'amortissement annuel permettrait seul. Beaucoup de loueurs au réel ne paient aucun impôt sur leurs loyers pendant quinze ou vingt ans grâce à ce report.

Pourquoi c'est un piège pour les comptabilités approximatives

L'ARD n'a de valeur que s'il est suivi. Et c'est là que la plupart des outils improvisés échouent.

Pour que le mécanisme fonctionne, il faut tenir, année après année :

  • l'amortissement calculé de l'exercice ;
  • l'amortissement effectivement déduit ;
  • l'amortissement mis en réserve (l'ARD généré dans l'année) ;
  • l'ARD imputé dans l'année ;
  • le stock d'ARD cumulé reporté à l'exercice suivant.

Un tableur qui se contente de calculer une dotation annuelle ignore la réserve. Résultat : soit vous perdez l'avantage (vous ne récupérez jamais l'amortissement bloqué), soit vous imputez à tort et vous vous exposez à un redressement.

Le suivi de l'ARD est précisément l'un des points où un moteur fiscal dédié fait la différence : il maintient une cascade unique — résultat avant amortissement, amortissement déduit, ARD généré, ARD imputé, résultat fiscal — plutôt que de recalculer chaque brique indépendamment.

ARD et réintégration dans la plus-value : une bonne nouvelle

Depuis la loi de finances 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value à la revente.

L'ARD, par définition, n'a jamais été déduit : il est resté en réserve. Il n'y a donc rien à réintégrer au titre de l'ARD.

C'est logique, mais cela renforce encore l'intérêt d'un suivi qui distingue clairement l'amortissement déduit (réintégrable) de l'amortissement différé (non réintégrable). Sans cette distinction, vous risquez de réintégrer une réserve qui ne le devrait pas — et de payer trop.

Ce qu'il faut retenir

  1. L'article 39 C empêche l'amortissement de créer un déficit : l'excédent devient de l'ARD.
  2. L'ARD est une réserve reportable sans limite de durée, qui prolonge votre période d'imposition nulle.
  3. Il n'a de valeur que suivi correctement, exercice après exercice.
  4. Contrairement à l'amortissement déduit, l'ARD n'est pas réintégré dans la plus-value.

Questions fréquentes

Non. Contrairement au déficit d'exploitation (reportable 10 ans), l'amortissement réputé différé se reporte sans limitation de durée.

Le déficit vient des charges et se reporte 10 ans sur les BIC non professionnels. L'ARD vient de l'amortissement bloqué par l'article 39 C et se reporte sans limite. Les deux mécanismes coexistent et se suivent séparément.

Non. N'ayant jamais été déduit, il n'entre pas dans la réintégration prévue par la loi de finances 2025.

Cela se lit dans votre suivi d'amortissements et dans les tableaux de votre liasse (2033-D notamment, pour les amortissements différés). Un historique tenu depuis le début de l'activité est indispensable.

Le micro-BIC ne connaît pas l'amortissement. En basculant, vous ne pouvez plus imputer votre stock d'ARD — il devient inutilisable tant que vous n'êtes pas au réel. C'est un point à peser avant tout changement de régime.

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Cet article est fourni à titre informatif. Enkel est un éditeur de logiciel et n'est pas un cabinet d'expertise comptable : pour les situations complexes, consultez un professionnel.